Le fantasme fait partie intégrante de la vie psychique et sexuelle. Il ne se résume pas à une image érotique ou à une envie “à réaliser” : c’est un langage symbolique, un espace intime où s’expriment les désirs, les besoins, les manques, et parfois les blessures.
Dans une approche sexothérapeutique, le fantasme devient une porte d’entrée précieuse vers la compréhension de soi et de la relation à l’autre.
Le fantasme est une représentation imaginaire associée au plaisir sexuel. Il peut se manifester sous forme d’image, de scénario, de souvenir ou d’élan corporel, et s’accompagne d’une charge émotionnelle forte.
Contrairement à une idée répandue, le fantasme n’est pas une envie d’agir, mais une construction mentale qui permet à la psyché d’explorer, sans danger, des dimensions du désir souvent inconscientes.
C’est un espace de liberté intérieure, où la personne peut expérimenter sans contrainte, rejouer des scénarios de pouvoir, de séduction, d’abandon ou de transgression, autant de métaphores de sa vie affective et relationnelle.
Dans une perspective thérapeutique, le fantasme a plusieurs fonctions essentielles :
- Réguler la tension psychique et émotionnelle : il agit comme une soupape, permettant de canaliser des pulsions, des frustrations ou des désirs inassouvis.
- Mettre en scène des conflits internes : domination et soumission, contrôle et abandon, solitude et fusion… Autant de polarités psychiques que l’imaginaire permet d’équilibrer.
- Soutenir la vitalité du désir : le fantasme nourrit l’érotisme, entretient la curiosité, stimule l’imaginaire du couple.
- Révéler la dynamique inconsciente : derrière chaque scénario se cache souvent une quête plus profonde : reconnaissance, sécurité, valorisation, liberté, réparation.
En sexothérapie, il ne s’agit jamais de “corriger” un fantasme, mais de le comprendre. Ce qu’un individu imagine en secret parle souvent davantage de ses besoins émotionnels que de ses goûts sexuels.
Les études montrent que les hommes, tout comme les femmes, ont une vie fantasmatique riche et diversifiée.
Cependant, certaines tendances se retrouvent fréquemment :
- Le fantasme de pluralité (relations à plusieurs, changement de partenaire) traduit souvent un besoin de nouveauté, de stimulation ou de reconnaissance.
- Les fantasmes de domination peuvent symboliser un besoin de contrôle dans un monde où l’homme se sent parfois déstabilisé, ou au contraire un jeu de puissance consenti dans un cadre sécurisant.
- Les fantasmes de soumission évoquent souvent un désir de lâcher-prise, de déposer les responsabilités, de se sentir guidé.
- Les scénarios visuels ou d’exhibition parlent du rapport au regard et à la valeur personnelle : “suis-je encore désirable ?”.
- Les fantasmes de femme/homme initiatrice révèlent un besoin d’être choisi, invité, reconnu dans sa sensualité sans devoir initier.
Ces thèmes ne doivent jamais être interprétés de manière littérale. Ils témoignent avant tout de dynamiques psychiques : tension entre pouvoir et abandon, entre contrôle et liberté, entre peur du rejet et besoin de reconnaissance.
En thérapie, l’objectif est d’aider chacun à distinguer le plaisir imaginaire du besoin émotionnel sous-jacent, sans hiérarchiser les types de fantasmes selon l’orientation.
Aborder ses fantasmes demande du tact et une véritable confiance.
En consultation, beaucoup d’hommes confient n’avoir jamais osé partager leur imaginaire par crainte d’être jugés ou incompris.
- Choisir un moment neutre, hors du contexte sexuel, pour éviter la pression ou la maladresse.
- Employer le “je” plutôt que le “tu” (“j’ai parfois ce fantasme…” plutôt que “tu devrais…”).
- Rappeler que le fantasme n’est pas une demande de passage à l’acte, mais un partage d’imaginaire.
- Accueillir la réaction de l’autre avec patience et bienveillance : un fantasme peut troubler, questionner, voire déstabiliser.
Recevoir le fantasme de son partenaire, c’est accueillir son monde intérieur. Cela suppose de ne pas chercher à tout comprendre ni à tout contrôler. Ce que l’autre imagine ne remet pas en cause la relation, ni l’attirance réelle.
- Écouter sans juger ni comparer.
- Chercher à comprendre le besoin sous-jacent : sécurité, liberté, nouveauté, reconnaissance…
- Distinguer clairement le fantasme du projet : il s’agit d’une image, pas d’un souhait concret.
En sexothérapie de couple, cet échange peut devenir un espace de connaissance réciproque : comprendre ce qui excite, apaise, intrigue, ou effraie chez l’autre.
Tous les fantasmes ne sont pas faits pour être vécus. Certains tirent leur force justement du fait qu’ils restent imaginaires : ils stimulent le désir, nourrissent l’imaginaire, entretiennent la complicité.
Les réaliser peut, dans certains cas, briser leur charge symbolique.
Réaliser un fantasme n’a de sens que si :
- il est mutuellement consenti,
- il ne met personne en danger,
- il est clairement distingué de la réalité quotidienne,
- et surtout, s’il reste au service du lien, non de la performance.
Quand la réalisation devient une quête répétée, exclusive, ou qu’elle remplace la communication et la tendresse, le fantasme perd sa fonction symbolique pour devenir une fuite ou une compulsion.
Dans la majorité des cas, les fantasmes sont sains, variés et bénéfiques à la vie intime.
Mais ils peuvent devenir problématiques lorsqu’ils :
- s’imposent de manière intrusive,
- génèrent de la honte ou de la culpabilité,
- isolent de la relation réelle,
- ou deviennent la seule voie d’accès à l’excitation.
Dans ces situations, le travail thérapeutique vise à ramener de la conscience : pourquoi ce scénario s’impose-t-il ? Quelle émotion tente-t-il de masquer ou de réguler ?
Le but n’est pas d’effacer le fantasme, mais de retrouver la liberté intérieure face à lui.
Les fantasmes masculins ne sont ni honteux, ni dangereux, ni révélateurs d’un manque.
Ils sont une expression de la vitalité psychique. Appris à être écoutés, partagés et compris, ils peuvent devenir un formidable levier de complicité, d’intimité et de développement personnel.
Le fantasme est un langage. Quand il est entendu, il nourrit la relation. Quand il est nié, il s’enfouit dans la solitude.
Entre ces deux pôles, il y a la voie du dialogue, de la conscience et du plaisir partagé.
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