Il arrive un moment dans la vie où le désir sexuel semble s’éloigner. Les rapports deviennent moins fréquents, les envies se font rares, et parfois, même l’idée d’un rapprochement intime ne suscite plus grand-chose.
Pour certaines femmes, cette absence de désir est vécue sereinement.
Pour d’autres, elle devient une source d’inquiétude, de culpabilité ou de tensions au sein du couple.
Comment expliquer à son conjoint que l’on n’a plus envie de faire l’amour ? Comment aborder la baisse de libido sans qu’il se sente rejeté ?
Et surtout, comment préserver la complicité lorsque les envies ne sont plus au rendez-vous ? Parce que parler de désir, c’est aussi parler de soi, de ses émotions et de la relation que l’on construit à deux.
La baisse du désir sexuel féminin est une expérience plus fréquente qu’on ne l’imagine.
Pourtant, elle reste parfois difficile à exprimer, même dans une relation de longue durée. Le désir ne disparaît pas nécessairement parce que l’amour s’est éteint. Il peut être influencé par de nombreux facteurs, qui évoluent au fil de la vie.
La fatigue et la charge mentale
Lorsque les journées s'enchaînent entre le travail, les enfants, les responsabilités et les obligations du quotidien, il devient parfois difficile de trouver un espace pour soi.
Le corps réclame du repos, tandis que l'esprit continue de fonctionner. Dans ces conditions, le désir peut passer au second plan.
Les changements hormonaux et corporels
La grossesse, le post-partum, l'allaitement, la contraception, la périménopause ou la ménopause peuvent modifier la libido.
Certaines douleurs, certains traitements ou des problèmes de santé peuvent également avoir un impact.
Les émotions et la relation à soi
Le stress, l'anxiété, une image corporelle fragilisée ou une période de doute peuvent éloigner du plaisir et de la sensualité.
La dynamique du couple
Les conflits non résolus, les frustrations accumulées, le manque de communication ou le sentiment de ne plus être considérée autrement que dans ses rôles de mère, de compagne ou de gestionnaire du quotidien peuvent également influencer le désir.
Parfois, aucune cause unique ne se dégage. Plusieurs éléments se mêlent, et le désir s'efface progressivement.
Il est important de le rappeler : ne plus avoir envie de faire l'amour ne signifie pas automatiquement ne plus aimer son partenaire.
Le désir n'est pas un devoir conjugal. Il n'existe pas de fréquence idéale des rapports sexuels que tous les couples devraient atteindre.
L'essentiel est de comprendre ce que chacun vit et de trouver un équilibre respectueux des besoins et des limites de chacun.
Dire à son partenaire que l'on n'a plus de désir peut réveiller de nombreuses peurs.
La peur qu'il pense ne plus être attirant. La peur qu'il imagine une infidélité ou une perte de sentiments. La peur de provoquer une dispute, de le décevoir ou de fragiliser la relation.
Certaines femmes finissent alors par éviter le sujet. Elles acceptent parfois des rapports sexuels sans véritable envie, espérant préserver leur couple ou éviter de faire souffrir leur partenaire.
D'autres trouvent des excuses, repoussent les rapprochements ou attendent que la situation s'améliore spontanément.
Mais lorsque le silence s'installe, chacun peut commencer à interpréter le comportement de l'autre.Le partenaire qui se sent repoussé peut douter de son pouvoir de séduction ou de la solidité de la relation.
La personne qui ressent moins de désir peut, de son côté, se sentir incomprise, sollicitée ou coupable. Un cercle difficile peut alors se créer : plus l'un réclame de la proximité, plus l'autre ressent une pression ; plus l'autre s'éloigne, plus le premier se sent rejeté.
Mettre des mots sur ce qui se passe permet parfois de sortir de ce cercle. Non pas pour trouver immédiatement une solution, mais pour commencer à se comprendre.
Il n'existe pas de phrase magique. En revanche, certaines façons d'aborder le sujet peuvent faciliter le dialogue et éviter que la conversation ne se transforme en reproches.
ÉviteZ, si possible, d'aborder le sujet juste après un refus de rapport sexuel ou au milieu d'une dispute.
Choisissez plutôt un moment calme, où vous avez du temps pour vous écouter.
L'objectif n'est pas de régler toute la question du désir en une seule conversation, mais d'ouvrir un espace de dialogue.
Vous pouvez commencer simplement : « J'aimerais qu'on prenne un moment pour parler de notre intimité. C'est un sujet un peu difficile pour moi, mais j'ai envie qu'on puisse en parler ensemble. »
Lorsque la sexualité devient une source de tension, les reproches peuvent rapidement prendre le dessus.
« Tu me demandes toujours la même chose. »
« Tu ne comprends jamais que je suis fatiguée. »
« Tu ne fais plus aucun effort. »
Même lorsque ces phrases traduisent une souffrance réelle, elles risquent de placer l'autre sur la défensive.
Essayez plutôt de parler à la première personne, en exprimant ce que vous ressentez et ce dont vous avez besoin.
Par exemple :« En ce moment, je ressens moins de désir et je ne comprends pas toujours pourquoi. J'aimerais pouvoir en parler avec toi sans que tu penses que je ne t'aime plus. »
Cette formulation ne minimise pas la difficulté. Elle permet simplement de partager son expérience sans accuser son partenaire.
Pour certaines personnes, l'absence de rapports sexuels est vécue comme une remise en question de leur attractivité ou de leur place dans le couple.
Il peut donc être utile de distinguer les sentiments amoureux du désir sexuel, lorsqu'ils sont effectivement présents tous les deux.
vous pouvez lui dire :« Je tiens à toi et à notre relation. Mais en ce moment, mon désir sexuel n'est pas celui que j'aimerais avoir. Je ne veux pas faire semblant ni me forcer. J'ai besoin qu'on puisse comprendre ce qui se passe ensemble. »
Il ne s'agit pas de rassurer à tout prix ni de cacher ses véritables sentiments. Il s'agit de mettre des mots justes sur ce que vous vivez.
vous n'avez pas besoin d'avoir toutes les réponses avant d'entamer la discussion.
Peut-être que vous etes épuisée. Peut-être que votre corps a changé. Peut-être que vous avez besoin de retrouver une proximité émotionnelle, de vous sentir davantage soutenue ou de renouer avec votre propre corps.
Et peut-être que vous ne savez tout simplement pas pourquoi ton désir a diminué.
Vous avez le droit de dire :« Je ne sais pas encore exactement ce qui explique cette baisse de désir. Je suis moi-même en train de comprendre ce que je ressens. J'ai besoin de temps, mais j'aimerais ne pas rester seule avec cette question. »
Ne pas savoir est déjà une information. Vous n'avez pas à fabriquer une explication pour rendre ton ressenti plus acceptable.
Le désir se vit individuellement, mais ses variations peuvent avoir des répercussions sur la relation.Votre conjoint peut ressentir de la tristesse, de la frustration, de l'inquiétude ou un sentiment de rejet. Ses émotions peuvent être entendues sans que vous soyez tenue d'y répondre par des rapports sexuels.
Vous pouvez essayer de vous poser mutuellement quelques questions :
L'objectif n'est pas de déterminer qui a raison, mais de comprendre ce que chacun traverse. Écouter l'autre ne signifie pas être d'accord sur tout. Et comprendre sa frustration ne signifie pas devoir dépasser ses propres limites.
Lorsque le couple traverse une période sans désir, la sexualité peut progressivement devenir le sujet autour duquel se cristallisent toutes les tensions.
Un baiser peut être interprété comme une invitation sexuelle. Un câlin peut susciter la peur de devoir aller plus loin. Une marque de tendresse peut même être évitée parce qu'elle risque de créer des attentes.
Peu à peu, le couple perd parfois une partie de sa spontanéité.Il peut alors être précieux de retrouver des gestes de proximité qui ne conduisent pas nécessairement à un rapport sexuel.
Cela peut être :
Ces moments ne doivent pas devenir une nouvelle méthode pour obtenir des rapports sexuels. Ils ont de la valeur en eux-mêmes.
Il est également important de ne pas transformer le retour du désir en objectif à atteindre dans un délai précis. Le désir ne se commande pas.
Il peut évoluer lorsque certaines conditions deviennent plus favorables, mais aucune démarche ne garantit son retour.
Même en choisissant ses mots avec soin, il est possible que son partenaire réagisse avec déception ou incompréhension.
Il peut avoir besoin de temps pour accueillir ce qu'il entend. Une première conversation ne suffit pas toujours à apaiser les inquiétudes.
Vous pouvez reconnaître sa difficulté sans renoncer à votre propre ressenti :« Je comprends que cette situation puisse être difficile pour toi. Je sais que notre intimité compte dans notre relation. Mais j'ai aussi besoin que mon absence de désir soit entendue sans que je me sente coupable ou obligée. »
Il est possible d'avoir des besoins différents et de chercher ensemble une manière de vivre la relation qui respecte chacun.
En revanche, les pressions répétées, les menaces, le chantage affectif ou les rapports sexuels acceptés uniquement par peur des conséquences ne constituent pas une solution. Le consentement reste essentiel, y compris dans un couple installé depuis de nombreuses années.
Si le sujet devient une source de souffrance persistante, un accompagnement en sexothérapie peut aider à comprendre les mécanismes à l'œuvre, à rétablir le dialogue et à explorer les difficultés sans jugement.
Une consultation médicale peut également être pertinente lorsque la baisse de désir est soudaine, qu'elle inquiète, qu'elle s'accompagne de douleurs ou d'autres symptômes, ou qu'elle pourrait être liée à un traitement ou à un problème de santé.
Lorsque le désir disparaît, on cherche souvent comment le faire revenir. On se demande ce qui ne fonctionne plus, ce que l'on devrait changer et comment retrouver la sexualité d'avant.
Mais avant de chercher à retrouver le désir, il peut être utile de se poser une autre question : De quoi ai-je besoin aujourd'hui pour me sentir bien dans mon corps, dans ma vie et dans mon couple ? Peut-être de repos. Peut-être de davantage de partage dans les responsabilités. Peut-être de tendresse, de nouveauté, d'espace personnel ou d'une meilleure compréhension de ses émotions.
Il n'est pas nécessaire de se forcer à ressentir ce qui n'est pas présent. Il est possible de cheminer à son rythme, de redécouvrir sa sensualité et de reconstruire une intimité qui corresponde à la personne que l'on est aujourd'hui.Le désir n'est pas une preuve d'amour, pas plus que son absence n'est une preuve de désamour.
Il peut être un sujet de dialogue, de découverte et parfois de transformation au sein du couple.
Parler de son absence de désir ne signifie pas annoncer la fin de sa vie intime. Cela peut être le début d'une autre façon de se rencontrer : plus consciente, plus respectueuse et plus attentive aux besoins de chacun.
Vous n'avez pas à trouver toutes les réponses seule, ni à porter la responsabilité de l'intimité à deux.
En tant que sexothérapeute, je vous accompagne pour mettre des mots sur vos difficultés, mieux comprendre votre rapport au désir et retrouver un dialogue autour de votre sexualité, dans le respect de votre rythme et de vos limites.
Les consultations peuvent se dérouler en individuel ou en couple, en visioconférence.
Prendre soin de son intimité, c'est aussi apprendre à s'écouter et à se parler autrement.
Sandra Frieden
Fondatrice d'Athéa