Emma est en couple depuis dix ans. Elle a deux enfants, une vie de famille déjà bien remplie et des projets professionnels qu’elle souhaite développer.
Puis un jour, elle découvre qu’elle est enceinte de son mari. Elle sait rapidement qu’elle ne souhaite pas poursuivre cette grossesse. Elle aime ses enfants, mais elle ne se sent pas prête à accueillir un troisième enfant. Elle souhaite aussi se construire professionnellement, retrouver du temps pour elle et avancer dans ses propres projets.
Elle prend alors la décision d’avoir recours à une IVG.Une décision qui lui appartient. L’IVG a lieu et, ensuite, la vie reprend son cours.Mais Emma n’en parle plus. À personne.
Pendant deux ans, elle garde cette expérience pour elle. Jusqu’au jour où elle vient me parler de son intimité. Elle me raconte que son corps saigne régulièrement, que certains rapports sont douloureux et qu’elle ressent une peur importante de retomber enceinte, malgré la contraception mise en place après son IVG.
Puis elle me dit une phrase qui résume finalement beaucoup de choses :« Je n’en ai jamais parlé à personne. Tu es la première personne à qui j’en parle. » Avec son mari, le sujet n’existe plus. Ils n’en parlent plus.
Emma ne vient pas me dire qu’elle regrette son IVG. Elle vient simplement raconter ce qu’elle a vécu et tout ce qu’elle a gardé pour elle. Et parfois, c’est précisément là que commence le travail thérapeutique.
« Emma est un prénom d’emprunt afin de préserver l’anonymat de la personne accompagnée. »
Il n’existe pas une seule manière de vivre une IVG. Pour certaines femmes, la décision peut être vécue avec soulagement.
Pour d’autres, elle peut s’accompagner de tristesse, de culpabilité, d’ambivalence, de colère ou de nombreuses questions.
Certaines femmes peuvent aussi ne ressentir aucune émotion particulière et vivre leur choix avec sérénité.
Toutes ces expériences sont possibles. Et surtout, ressentir quelque chose après une IVG ne signifie pas nécessairement regretter sa décision. Une femme peut être certaine de son choix et avoir malgré tout besoin de parler de ce qu’elle a vécu.
À l’inverse, une femme peut ne pas ressentir de souffrance particulière et simplement avoir besoin de mettre des mots sur cette expérience.
Le problème n’est donc pas forcément l’IVG elle-même. Parfois, c’est le silence qui l’entoure. Lorsqu’une expérience intime reste complètement enfouie, certaines émotions peuvent être difficiles à identifier ou à exprimer.
Et ce qui n’a jamais pu être dit peut parfois venir se manifester autrement : dans le rapport au corps, dans la relation de couple, dans le désir ou dans la sexualité.
La sexualité peut être influencée par de nombreux événements de vie. Une grossesse, une naissance, une séparation, une maladie, un deuil ou encore une expérience médicale peuvent modifier temporairement ou durablement la manière dont une femme habite son corps et vit son intimité.
Après une IVG, certaines femmes peuvent avoir des appréhensions lorsqu’elles reprennent une sexualité. La peur de retomber enceinte peut devenir très présente. Certains rapports peuvent être associés à de l’anxiété.
Le désir peut évoluer. Le corps peut être vécu différemment. Il peut également être difficile de retrouver une sexualité spontanée lorsque la contraception est devenue une source permanente de vigilance.
Et parfois, une femme ne comprend pas elle-même pourquoi quelque chose a changé. Il est toutefois essentiel de ne pas attribuer automatiquement ces difficultés à l’IVG.
Des douleurs pendant les rapports, des saignements ou d’autres symptômes physiques nécessitent un avis médical afin d’en rechercher la cause.
La sexothérapie peut ensuite venir compléter cet accompagnement lorsque des difficultés émotionnelles, relationnelles ou sexuelles persistent.
La sexothérapie n’a pas pour objectif de remettre en question la décision d’une femme.
Elle n’est pas là pour lui dire ce qu’elle aurait dû faire. Elle offre plutôt un espace où elle peut parler librement de son vécu, sans avoir à se justifier et sans avoir à correspondre à une quelconque manière « correcte » de vivre une IVG.
Mettre des mots sur ce qui s’est passé peut déjà permettre de mieux comprendre ses émotions.
Le travail peut également porter sur le rapport au corps, la confiance, le désir, les douleurs sexuelles, la peur d’une nouvelle grossesse ou encore la difficulté à retrouver une intimité sereine.
Lorsque le couple a vécu cette expérience dans le silence, la sexothérapie peut aussi permettre de réfléchir à la manière de remettre du dialogue là où le sujet a été complètement fermé.
Parce qu’il arrive que les deux partenaires aient vécu le même événement, mais pas de la même manière. L’un peut avoir tourné la page. L’autre peut avoir encore besoin de raconter.
Après une IVG, on parle souvent de la décision, du parcours médical et de l’intervention.
Mais on parle peut-être moins de ce qui vient après.
Comment je me sens aujourd’hui ?
Est-ce que j’ai pu parler de ce que j’ai vécu ?
Est-ce que quelque chose a changé dans mon rapport à mon corps ?
Est-ce que ma sexualité a changé ?
Est-ce que j’ai peur d’une nouvelle grossesse au point que cela influence mes rapports ?
Est-ce que je peux en parler avec mon ou ma partenaire ?
Est-ce que je ressens de la culpabilité, de la tristesse, de la colère ou simplement le besoin de raconter ?
Ces questions n’ont pas pour objectif de faire naître un doute sur la décision prise. Elles permettent simplement de s’écouter.
C’est peut-être le message le plus important.
Consulter après une IVG ne signifie pas que l’on regrette son choix. Cela ne signifie pas non plus que l’on considère avoir fait une erreur.
Cela signifie parfois simplement que l’on a vécu une expérience intime et que l’on ressent aujourd’hui le besoin de déposer cette histoire auprès de quelqu’un.
Il n’est pas nécessaire d’attendre d’aller mal pour demander de l’aide. Parler peut permettre de comprendre ce que l’on ressent, de retrouver progressivement une relation plus sereine avec son corps et de réinvestir son intimité à son propre rythme.
Emma n’avait pas besoin que quelqu’un lui dise si elle avait eu raison ou tort. Elle avait besoin d’un espace où son histoire pouvait enfin exister. Sans débat. Sans jugement. Sans avoir à se justifier.
Elle ne venait pas me dire qu’elle regrettait son IVG.
Elle venait simplement, pour la première fois, raconter qu’elle l’avait vécue.
Et si vous vous demandez ce qui se passe concrètement lors d’un accompagnement, il n’est pas nécessaire d’arriver avec les mots parfaits, ni même de savoir exactement pourquoi vous êtes là.
La première étape peut simplement être de raconter ce que vous vivez aujourd’hui. Ensemble, nous pouvons mettre des mots sur ce qui vous questionne, comprendre ce qui se joue dans votre intimité et avancer progressivement, à votre rythme.
Vous n’avez pas besoin d’attendre que cela devienne trop lourd pour en parler.
Parfois, une première conversation suffit pour commencer à remettre un peu de lumière là où il y avait du silence.
Sandra Fondatrice d'Athéa